Le Trésor de la Casbah d’Alger
Lettres de la Marine.
- La revue Africaine, numéro 294,
du premier trimestre 1918, publiait un recueil de lettres d'un marin, écrites pendant l’expédition d'Alger en 1830.
- Aucune relation importante n'a été publié par un marin, cela tient à ce que le rôle de la marine,
pour utile et honorable qu'il ait été, se trouve éclipsé par les faits accomplis par l'armée de terre.
- Ces lettres ont été adressées à M. Augustin Jal, historiographe de la marine,
par un marin de la flotte que commandait l'amiral Duperré, elles sont signées tantôt Aubry-Bailleul, tantôt de simples initiales.
J’ai copié ses extraits de lettres sans rien changer.
- Le 24 juin 1830.
« C’est aujourd’hui, que M. Cuvillier commande les bâtiments restant dans la baie.
L'amiral Duperré a voulu se décharger de ce soin,
et, en même temps, mettre son ami en évidence pour tâcher d'en faire un contre-amiral .....
On remarque avec peine que M. Hugon n'a pas dirigé directement le débarquement de tous les matériaux appartenant
à l'expédition, c'est d'autant plus fâcheux que les choses en ont souffert.
Sans partialité,
on ne peut mettre en parallèle, M. Cuvillier, homme d'esprit, et plein de connaissances, avec M. Hugon, homme d'exécution
et porté par toute la marine.
Je ne peux rien dire de M. Villaret, je n'ai pas la prétention de faire le procès à personne...
Il faudrait bien donner sur les doigts au Sphinx, qui va se pavoiser en entrant à Toulon.
Toutes ces impertinences et plates courtisaneries sont d'un mauvais effet et nuisent plus qu'elles ne servent. »
- Note :
- M. Cuvillier, capitaine de vaisseau, commandant Le Superbe.
- M. Hugon, capitaine de vaisseau, commandait les 347 bâtiments de commerce,
qui portaient une partie des troupes, des chevaux, du matériel, et des vivres. - M. Villaret, capitaine de vaisseau, commandant La Provence, navire-amiral.
- Le 26 juin 1830.
« On a demandé des marins pour la garde du camp retranché qui se trouve maintenant presque à la merci de l'ennemi.
On se plaint encore de ce qu'ils ne soient pas déjà à terre,
et d'un autre côté, il faut que la marine fasse le débarquement de tous les approvisionnements. ......
C'est en tirant à boulets rouges sur la marine qu'on se plaint encore d'elle. »
- Le 27 juin 1830.
« M. de Bourmont avait d'abord porté à 50.000 hommes le nombre des ennemis opposés à nos troupes, on lui en fait honte,
et il a dit 40.000, tous les bons troupiers qui n'aiment pas à ravaler leur gloire assurent, qu’il y en avait au plus 12.000 ennemis,
qui se sont d'abord battus comme des lions et se sont enfuis comme des lièvres.»
« Les caisses qui contenaient le vin et les autres provisions des intendants étaient marquées : chlorure désinfectant.
Celles des officiers de l'état-major portaient : munitions de guerre artillerie, cartouches, etc.
Il y avait là-dedans de fort bon pâtés de foie gras, d'excellents vins et autres..... »
- La délation commence.
Attaque d'Alger par la Marine Française.

- Le 4 Juillet 1830.
« On attend des Juifs,
ils s'annoncent comme des victimes de la tyrannie du Dey, ce sont des gens qu'il faudra nourrir aux frais de l'Etat.
Les blessés et les fiévreux arrivent journellement,
et l'on doit dire avec peine que le service des hôpitaux ne se fait pas d'une manière satisfaisante.
On a vu des blessés rester sur un chaland,
en attendant que Monsieur le Sous-Intendant ait déjeuné pour signer la feuille d'évacuation ....
Vous avez dû recevoir le premier numéro de l'Estafette d'Alger.
C'est bien vraiment la montagne qui accouche d'une souris. M. Merle s'est évertué à composer des idées bien bêtes,
pour les prêter à nos soldats qui certes ont plus d'esprit qu'il ne veut bien leur en prêter. »
- Le 6 Juillet 1830.
« Depuis hier, les grâces des conquérant reposent tranquillement sur les cousins de la Kasbah,
sans qu'ils daignent seulement nous envoyer, à nous pauvres mulets de l'expédition, le moindre détail sur leur triomphe,
et sur la manière dont ils ont été reçus et installés dans ce repaire de voleurs. »
- Le 13 Juillet 1830.
« Le service de l'amiral n'est, dit-on, qu'un commérage dégoutant, et les plaisants disent que les bâtons de maréchaux
qui avaient été embarqués sur l'Actéon étaient en sucre de pomme et qu'ils ont fondu en route ....
Malgré le traité, les officiers généraux et surtout ceux de l'Etat-Major ont pille et volé impitoyablement.
Le général Loverdo a tellement pillé que six mulets ont été chargés de ses vols....
Ce pauvre palais ressemble à une tour de Babel,
en partant, j'ai jeté un regard de convoitise sur une table de quelques douzaines de couverts, et d'une ample quantité
de bouteilles de Bordeaux et de Champagne, j'ai vu que le désir de la gloire ne nuisait pas à la culture des crûs célèbres. »
- Note :
- on retrouvera ces « commentaires » dans la presse de Marseille et de Toulon, au mois d'Août 1830.
Plan de la Cassaubah de M. Merle.

- Le 14 Juillet 1830.
« L’Amiral est perdu complètement dans l'opinion publique, il a terni en quelques jours,
sa veille réputation, ses dispositions pour l'attaque d'Alger ont été pitoyables, ou, pour mieux dire, il n'y en a pas eu. ...... »
- Le 17 Juillet 1830.
« A terre, ce sont des pillages sans fin, des intrigues de toute sorte et des bassesses qui font rougir.
On a volé chez le général en chef, deux clés d'or qui devaient être envoyées à la cour. »
- Le 25 Juillet 1830.
« On n'envoie que 44 millions en France.
Il est vrai que les domestiques des généraux avouent avoir mis de côté de 12 à 15.000 francs.
A chaque pas, on trouve des soldats saouls, couchés sous le soleil le plus ardent, et maintenant ce sont les maladies qui les dévorent.
Croirais-tu, que M. Seillière fait payer à l'armée 40 francs les bœufs, qui ne lui reviennent qu'à 5 francs.
Avant-hier, j'ai envoyé dans les campagnes et j'en ai eu trois pour 22 francs, et trois autres pour 30 francs. »
- Note :
- Les ordres du Maréchal étaient clairs,
personne ne devait s'éloigner des postes de gardes, sans avoir une escorte importante.
- Le nom de M. Seillière est lancé en pâture, nous le retrouvons dans un article du Sémaphore du 22 Août 1830 :
« A Paris, comme sur le littoral de la Méditerranée, on parle beaucoup, depuis quelques temps,
de sommes considérables qui auraient été apportées à Nice par deux navires grecs venant d'Alger. »
- Le journal, Le Sémaphore de Marseille reproduit ces assertions en disant que, M. Chappon, agent de M. Sellière,
avait présidé à l'enlèvement de ces fonds, montant à onze millions, qui seraient déposés chez M. Carlou, banquier.
- Aujourd'hui, Le Sémaphore, publie une lettre, où ces faits sont démentis.
- Le 26 Août 1830.
« Ce sont les juifs qui ont été cause du pillage qui a eu lieu dans les premiers moments de la conquête.
Ils faisaient boire les soldats et leur indiquaient ensuite les objets à enlever, qu'ils leur achetaient immédiatement. »
Conclusion :
- On trouve au travers de ses extraits de lettre, d'un marin, qui n'a sans doute, jamais mis les pieds à terre,
le terreau, qui sera utilisé dans les journaux de l'hexagone, et qui aboutira, grâce à la Chute de Charles X,
au déchainement de haine contre le Maréchal de Bourmont, M. Dennié, M. Firino, et les autres.
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Article d’un quotidien du 24 Août 1830.
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