Le Trésor de la Casbah d’Alger
M. Marcel Emerit,
Professeur à la faculté des lettres d'Alger, Membre de l'Institut.
- Le professeur de lettre de la faculté d'Alger, est le point de référence, pour les partisans de la prise d'Alger
pour son trésor, et, sa spoliation par le Maréchal de Bourmont.
- En 1954,
Le Comité des travaux historiques et scientifique, du Ministère de l'Education Nationale,
publiait à Alger, sa revue annuelle, parmi les nombreux articles de cette revue, on trouvait entre autres :
- Les Barbaresques sur les côtes Méditerranéennes par M. Léonce Boniface.
- Une cause de l'expédition d'Alger par M. Marcel Emerit.
- Peut-on évaluer la population de l'Algérie vers 1830 de M. Xavier Yacono.
- Considérations sur la politique des Bey de Tunis par M. le Dr. François Arnoulet.
- Les Alsaciens et la culture du coton en Algérie par M. Marie-Joseph Bopp.
- La Franche-Comté en Algérie par M. M.C. Daville.
- Les Bureaux Arabes par le Commandant P. Chalmin.
- Note :
En 1954, M. Marcel Emerit n’avait pas à sa disposition un ordinateur.
La numérisation a simplifié le travail de recherche, et aujourd’hui, il est facile de vérifier certaines déclarations,
afin d’éviter, les copier/coller de faits qui en réalité n’ont jamais eu lieu.
Paysage de la Bouzaréah Henri Dabadie.

- Dans son étude de dix-sept pages, M. Marcel Emerit, s'appuyant en partie,
sur deux auteurs, M. Alexandre de Laborde et M. Jean-Baptiste Flandin, et, sur le rapport au Roi, de M. Clermont-Tonnerre,
du 14 Octobre 1827, nous expose sa théorie de la prise d'Alger pour son trésor, et sa spoliation.
- Reprenons cette étude point par point, en suivant le cheminement du Professeur de Lettres d’Alger.
- Dans sa préface, il présente la situation de la Régence d'Alger,
avec ses fortifications redoutables,
ses canons, et l'invincibilité des Tucs, pour mettre en avant les risques d'une expédition,
puis il énumère les raisons du conflit avec Alger.
Une note, nous indique les biographies qui ont servi de référence, nous les citerons, lors de leurs utilisations.
- Les causes du conflit :
- Je n'en parlerai pas, il faudrait en écrire des pages.
Dans son livre, M. de Laborde conteste le remboursement de cette créance, entachée, je le cite :
« Plusieurs chargements de blé ayant été trouvé avariés, et d’autres fraudes reconnues, les payements furent suspendus,
et les demandes de ces fournisseurs contestées, MM. Aubernon et Daure ordonnateurs ont conservé la mémoire de ces fraudes. »
Offense du consul Deval
M. Emerit nous informe que le Dey Hussein, reconnait avoir donné trois ou quatre coup de chasse mouche à notre consul.
(Archives de Constantinople traduit en français vers 1950).
La piraterie et l'esclavage des chrétiens
- On peut être d'accord avec lui, en 1827, la situation avait bien changé dans la régence d'Alger.
La destruction de nos établissements
- Je le cite : « On ne pouvait faire grief au Dey d'avoir laissé brûler les établissement français, ils avaient été évacués. »
Le navire parlementaire la Provence
- Le bombardement pendant trente minutes de la Provence, c'est un simple acte d'indiscipline.
Ces références sont le journal du Havre du 23 février et le Moniteur N°58 du 27 Février 1830.
« On apprend que le Dey a fait des excuses sur ce fâcheux évènement, qu'il a déclaré avoir été causé par une méprise. »
- La lecture du livre, Relation de l'arrivée dans la rade d'Alger du vaisseau de sa Majesté La Provence, de M. Xavier Bianchi,
écrit en 1830, nous donne une autre version de cette affaire.
« Plein de confiance sur la foi du sauf-conduit,
nous naviguions pour sortir de la baie, lorsqu'un coup de canon à poudre, parti de la batterie du fanal,
peu de minutes après, on entendit un deuxième et un troisième coup, l'on vit beaucoup de monde courir aux batteries.
C'était probablement l'ordre de faire tirer, car aussitôt une canonnade à boulets, partie des batteries et du môle....... »
Note :
Pour ces points, M. Marcel Emerit se réfère,
au livre de M. Alexandre de Laborde, Au Roi et aux chambres sur les véritables causes de la rupture avec Alger.
Paysage d'El-Biar Henri Chevalier.

- Le rapport au Roi de M. Clermont-Tonnerre, du 14 Octobre 1827.
- Rendons à César, ce qui appartient au Capitaine de frégate Abel Aubert Dupetit-Thouars.
-
Le hasard avait permis au début du blocus d’Alger, par le commandant Collet,
de lui adjoindre comme second à bord de la Provence, le Capitaine Dupetit-Thouars,
qui connaissait parfaitement
les côtes de la Régence d’Alger, il était l'auteur de plusieurs cartes maritimes.
-
Le Capitaine Dupetit-Thouars rencontra sur ce même navire, le Consul Deval, avec qui y eu de longues conversations.
Il présenta au commandant Collet et au consul Deval son projet d’une expédition combinée des armées de terre et de mer,
avec 25.000 hommes de troupes.
- M. Deval facilement gagné à ce projet, adressa au Ministre des Affaires étrangères, le 27 Juillet 1827, un long rapport.
- M. le commandant Collet décida, d’envoyé le capitaine à Paris.
- Il rencontra le 20 septembre 1827, le comte Chabrol de Grouzol, ministre de la Marine,
quelques jours plus tard, le ministre de la Marine, reçu le rapport de M. Dupetit-Thouars.
- Le 24 Septembre 1827, le Capitaine adressa au ministre de la marine, l’emble de ses études, complétées :
- par un plan qu’il avait établi en 1814,
- par un travail du capitaine Slater, de la marine Anglais en 1826,
- et enfin, par les informations tirées du colonel Boutin (1808).
- Le Ministre Clermont-Tonnerre enrobera ce projet, avec le montant des 150 millions du trésor du Dey,
montant sorti de son chapeau, il y ajouta 10.000 hommes de plus, avant de le présenter au Roi.
- Dans ce rapport de quarante-huit pages, présentait devant le Roi Charles X, et son gouvernement, par le Ministres Clermont-Tonnerre,
M. Marcel Emerit a extrait des paragraphes, auxquels il a donnait un titre.
- Question de prestige.
- Pour ce paragraphe, il n'y rien à dire pour le texte, seule l'interprétation finale peut être différente.
- Pour M. Emerit, trois ans après, ce discourt, il y a pas de doute, c'est le trésor d'Alger qui motive le Roi.
- Mais, Une victoire de l'armée, juste avant des élections peut changer le résultat du scrutin.
- Situation financière de la France, en 1830.
- Je le cite :
« Le roi est dans une mauvaise passe financière,
l'opposition a préconisé le refus de l’impôt, il est possible que la liste civile du souverain ne puisse être payée. »
- En Août 1831, conformément à la loi, le budget de 1829, était approuvé par la chambre.
- Le Ministre des finances déclarait :
« Les faits accomplis pendant l'exercice 1829 ne sont pas notre œuvre, ils appartiennent à un autre régime,
que celui sous lequel nous vivons, notre mission se borne à les retracer avec exactitude. »
- Puis il présenta les chiffres suivants pour le Budget de 1829.
Les crédits ordinaires s'élevaient à .......... 981.876.538 francs
Les crédits extraordinaires s'élevaient à ... 39.282.800 francs
Total ....................................................... 1.021.159.338 francs
Le Trésor a payé pour 1829 ................... 1.014.914.432 francs.
- Les comptes de 1829, sont donc bénéficiaires de 6.244.906 francs.
Dans la liste des dépenses, de ce budget, on retrouve ce montant :
Liste civile et Famille Royale : 31.000.000 francs.
- En Août 1832, le même ministre présentera les chiffres suivants pour le budget de 1830 :
Les crédits ordinaires et extraordinaires.... 1.079.495.042 francs
Le Trésor a payé ......................................... 1.095.513.166 francs
Les comptes de 1830, sont donc déficitaires de 16.018.124 francs.
- Dans la liste des dépenses, figurent :
Liste civile et Famille Royale Charles X : 18.666,667 francs.
Nouvelle liste civile : 9.000.000 francs.
- Dans les recettes, on retrouve la trace du trésor d'Alger.
Recette extraordinaire provenant de l'expédition d'Alger : 49.017.340 francs
- Les comptes de la France pour 1829, sont exceptionnels, comme le montrent les chiffres ci-dessus,
pour les huit premiers mois de l'année 1830, malgré le cout de l'expédition d'Alger, les résultats sont formidables,
l'effondrement des recettes, commencera en Octobre 1830, et se poursuivra sur une partie de 1831.
Paysage à El-Biar Sauveur Terracciano..

- Le trésor d'Alger.
- Je le cite :
M. Clermont-Tonnerre en fait déjà allusion dans son rapport :
« Je ne parlerai pas des trésors qui se sont accumulés dans le château du dey d'Alger, on les estimes à 150 millions. »
- Il eut été honnête, dans le paragraphe concernant l'estimation à 150 millions du trésor du Dey, par M. Clermont-Tonnerre,
de mettre la fin de ce paragraphe, qui comportent l'allusion à son montant, et surtout les retombées en cas de victoire :
« On me dira que, sans doute, il y a beaucoup à rabattre de cette somme,
mais je fais plus, je l'élimine en entier de mes calculs, et je dis que la gloire qui rejaillira sur le Roi,
la force qu'une telle expédition donnera à son gouvernement, la renommée qui suivra un succès .... »
Note :
En conclusion, de ce long rapport,
le ministre après avoir longuement décrit les qualités de celui qui devra commander l'expédition termine par :
« Tel est, Sire, l'exposé, aussi rapide qu'il m'a été possible de faire, de notre situation à l'égard d'Alger, et des moyens
par lesquels la France peut sortir glorieusement, et utilement de la lutte dans laquelle est engagée avec le Dey.
La guerre est commencée contre Alger, elle doit être terminée d'une maniéré honorable pour la France.
- Ses motifs sont justes.
- Les injures sont graves.
- Le Roi ne pourrait pas se contenter d'une satisfaction ordinaire. »
Le Ministre Clermont-Tonnerre avait demandé au roi de choisir M. de Bourmont comme chef de l'expédition.
- Spoliation par M. de Bourmont.
- M. Marcel Emerit, puis M. Pierre Péan, citent M. Michaud comme preuve de la spoliation du trésor d'Alger,
par le futur maréchal de Bourmont, au travers des visites secrètes de M. Girardin, grand veneur de Charles X.
M. L.G. Michaud Biographie ou vie public et privée de Louis-Philippe d'Orléans, parut en 1849.
- Mais, que dit M. Michaud, dans les deux phrases concernant le trésor d'Alger.
- page 237 : Des commissaires de Louis-Philippe accompagnent Charles X jusqu' à Cherbourg.
« Au moment de s'embarquer,
Charles X refusa noblement dix mille louis d'or que le commissaire étaient chargés de lui remettre.
Il aurait pu à Rambouillet emporter les diamants de la couronne estimés à quatre-vingt millions,
mais son désintéressement était tel qu'il repoussa toujours ce qui pouvait avoir l'air d'une spoliation,
Il est vrai que M. de Bourmont lui avait réservé une assez belle part dans le trésor de la Casaubah....... ».
- page 278 : Concernant la liste civile de Louis Philippe.
« Louis-Philippe finit par obtenir de la chambre, une liste civile de dix-huit, puis vingt millions,
des dotations, des indemnités, et avec les résidus du trésor de Casaubah, etc..etc.. ce n'est pas exagérer que
de porter à quarante millions son revenu annuel, et il en a joui dix-huit ans. »
- M. Michaud se trompe,
le montant de la liste civile était de 9 millions pour 1830, et 17.910.848 francs pour 1831,
plus, 3 millions pour l'ancienne liste civile de Charles X, pour 1832, elle était de 13.000.000 francs.
La France était dans un régime parlementaire, c'est la chambre qui décidait du montant des dépenses.
- Je cite M. Emerit :
En 1830, des bruits ont circulé, dont L.G. Michaud s'est fait l'écho :
« M. de Bourmont avait réservé (au roi) une belle part dans le trésor de la cassaubah....
ce fut le motif de plusieurs voyages que fit secrètement, de Paris à Rambouillet, le grand veneur Girardin. »
- Tous les historiens, qui ont écrit sur la révolution de 1830, sont formels :
M. Girardin grand veneur de Charles X, était l'estafette secrète entre Rambouillet et Saint-Cloud,
il transportait
les messages expédiés par Charles X au Dauphin Louis Antoine, pendant la période des trois glorieuses.
- Histoire de la Révolution de 1830 d’Alphonse Esquiros 1870.
- Histoire de la révolution française par Jacques-Antoine Dulaure Volume 8.
- La garde royale pendante les événements du 26 juillet au 5 Aout 1830 par M. Bremond de Verchènes.
- Histoire du règne et de la chute de Charles X par Auguste Lorieux 1834.
- Relation fidèle du voyage du roi Charles X depuis son départ de Saint-Cloud par M. de Naylies 1830.
- Rambouillet devenu chef-lieu d'arrondissement.
(Documents historiques et administratifs locaux) par J.S Delorme 1839.
Neige à El-Biar Etienne Chevalier.

- Mais revenons à l'étude de M. Emerit.
- Si la première partie de l'étude de M. Emerit, est claire et bien argumentée,
celle qui traite la spoliation, par le Maréchal de Bourmont, est très confuse et part dans tous les sens.
- Dans cette partie,
M. Emerit s'appuie essentiellement, sur les deux livres et les dossiers de Flandin, et, il extrait des morceaux de phrases
dans la correspondance de M. Bourmont, après la prise d'Alger, pour laisser croire à une spoliation préméditée.
Je le cite :
« Le roi et son favori Polignac,
ont besoin au moment des élections, de rallier à eux une partie du pays... Il faut s'assurer le dévouement de l'Armée.... »
- Il faudrait supposer, dans le cas de vol, une complicité à tous les niveaux,
partagée par un grand nombre d'hommes dont plusieurs étaient pris dans les rangs supérieurs de l'armée et de la société.
- D'une complicité partagée avec la marine, donc de l'Amiral Duperré,
quand on connait les relations entre de Bourmont et l'amiral, il est impensable que des tonnes d'or ou d’argent,
puissent être embarquées sans la complicité de la marine.
- Dans cette partie, M. Emerit n'a pas mis de titre, j'ai donc à sa place ajouté quelques titres.
- La preuve de la spoliation.
- C'est, M. J-B Flandin, qui nous la donne.
« Le Général Donadieu aurait eu connaissance de la lettre, ou de sa copie,
que le Ministre Polignac aurait adressé à M. de Bourmont pour lui demander de mettre 100 millions de côté pour la casette du roi. »
M. Flandin aurait eu cette information par un médecin venu avec le général de Clauzel.
- L' évaluation du montant du trésor.
- M. Emerit liste une suite de preuves irréfutables :
- L’estimation à chaud de la commission à 80 million,
puis la lettre de M. de Bourmont ramenant ce chiffre à 50 million, huit jours plus tard.
- Utilisation des citations de Flandin pour affirmer que M. William Sheller, consul des Etats-Unis,
disait que le Trésor contenait 30 millions de piastre fortes, soit 160 millions de francs, chiffre confirmé par le Consul Deval.
- Le chiffre de 48.684.407,94, indiqué par M. Denniée.
- L’Absence d’un livre de compte sur le trésor du Divan.
- La présence d’ un livre concernant la solde des janissaires.
- La correspondance de M. de Bourmont pour les chapardages au palais du dey.
Un jardin à d'El-Biar Georges-Antoine Rochegrosse.

- Le ou les vols.
- Le général Loverdo, et la fameuse lettre à sa femme, dans laquelle, il « dénonce » :
le marquis de Bartillat, M. de trélan, et sept ou huit officiers du quartier général, dont M. Pélissier, M. Evrad Saint-Jean, et Sermet.
- M. d'Aubignosc.
Dossier Flandin : « La commission d'enquête de 1830, trouva un sac d'argent portant une étiquette à M. d'Aubignosc. »
- Il cite, le Baron Louis, Ministre des finances de Louis-Philippe à chambre des députés le 18 Septembre 1830.
« On doit à l'improbité des agents, de quelques agents, que le trésor n'est pas produit fort au-delà de 55 millions. »
(cette phase, n’est pas celle prononcée par le Ministre des finances, mais, celle du dossier Flandin).
- MM. Firino, et Denniée pour être devenu milliardaire grâce au trésor.
- La spoliation des magasins du dey, là, on trouve les noms de Fougeroux, Jobert, Aubignosc.
- Etouffement des commissions d'enquête.
- il indique :
« Apres la chute de Charles X, Bourmont fut remplacé par Clauzel,
qui fut pris d'un beau zèle, à Marseille, il engagea un demi-solde, le sous-intendant Flandin. »
Puis s'enchaine, la Commission, le cubage des salles du trésor, l'estimation par le chef du bataillon du Génie Guy a 150 millions.
(Cette estimation ne figure nul part, sauf dans le dossier Flandin.)
- Le rapport Pietri.
- En 1852, le préfet de police Pietri à partir du dossier Flandin, ouvre une enquête.
Il recherche en direction des fondeurs de monnaies.
- M. Emerit cite les noms des fondeurs qui affirment avoir fondu plus de 100 millions d'or venant du trésor.
il prétend qu’il n’y a pas de trace des livres des monnaies.
- Conclusion.
- M. Emerit termine son étude par cette phrase :
« Il me parait incontestable que Louis-Philippe a été le principal bénéficiaire du trésor d'Alger. »
- L'étude de M. Marcel Emerit s'arrête là,
nous présenterons dans les pages suivants les réponses aux cinq points traités ci-dessus.
Paysage de petite Kabylie Emile Aubry.

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