Le Trésor de la Casbah d’Alger
Epilogue étrange.
- Afin d'être au plus près de cette époque,
j'avais volontairement axé mes recherches sur les années 1829 à 1862, pour englober l'ensembles de l'étude de M. Emerit.
- Alors que je préparais ma conclusion,
je suis tombé par le plus grand des hasards d'Internet, sur une petite phrase,
d'un petit morceau, d'un article écrit pour
le centenaire de l'Algérie en 1930.
- Ce petit morceau d'un long article,
s'étalant sur plusieurs numeros, pendant plusieurs semaines, a attiré mon attention, par la similitude d'une phase de l'étude
de M. Emerit, concernant le roi Charles X.
- J'ai donc consulté tous les numéros de cette revue,
Le Mutilé de l'Algérie, dont le directeur était à l'époque, M. Jean Ascione, pour cette année 1930.
- Je ne présenterai pas intégralité de ce long article,
qui commença, le Dimanche 2 mars 1930, pour se terminer le 2 Septembre de la même année, je présenterai uniquement,
les articles qui concernent cette colossale spoliation d'état, comme le disait l'écrivain de ce périodique, M. Rus.
Le Mutilé de l'Algérie du Dimanche 2 Mars 1930.

- A partir de 1925, en vue du centenaire de l'Algérie, un nombre important de livres et d'articles sur l'expédition d'Alger,
parurent dans la presse et dans les librairies, malgré le temps passé, on continuait de trainer dans la boue, le Maréchal de Bourmont.
- La revue hebdomadaire, du 4 Janvier 1930, publié un article de M. Louis Bertrand, de l'Académie Française intitulé :
« A propos du centenaire de l'Algérie, Le Maréchal de Bourmont. »
« Le centenaire de 1830,
rappelle l'attention sur tous les protagonistes de l'expédition d'Alger et, en particulier sur le Maréchal de Bourmont,
qui en fut le généralissime et sans la volonté énergique duquel nous ne serions peut-être jamais entrés en Algérie.
Je voudrais montrer dans les pages qui vont suivre,
en abordant franchement les griefs que l'on peut formuler contre ce caractère de soldat, à la fois très fin et très complexe,
Mais, en insistant aussi sur l'injustice persévérante dont il est, même aujourd'hui, victime, et qui s'explique par l'acharnement
et l'aveuglement de passions politiques encore mal assoupies.
Le caractère de Bourmont a été, jusqu'à ces derniers temps, si mal compris,
si faussé par les préjugés et les haines, que c'est faire
œuvre de justice et de réparation que de le montrer dans son vrai jour.
A ma grande stupéfaction, j'ai pu constater qu'après cent ans ces haines n'ont pas désarmé.
Ce qui s'écrit, ce qui s’imprime, maintenant encore, sur le Marechal de Bourmont est, trop souvent, d'affligeante sottise.
Des esprits sans critiques, croient pouvoir condamner sans appel un homme qui fut un beau soldat et un habile diplomate,
qui enfin a rendu à la France un service insigne, service payé, jusqu'ici, par l'ingratitude et finalement par l'oubli.
Qu'il ait commis une faute en 1815, et, l'on peut en discuter, cette affaire ne saurait amoindrir sa part dans la conquête d'Alger.
Cette part, elle aussi, a été injustement diminuée. »
Note :
M. Louis Bertrand de l'académie française, décrit pas à pas, la carrière de M. de Bourmont, l'affaire de Waterloo,
les préparatifs de l’expédition, le départ de Toulon, le débarquement et enfin la prise d'Alger, il conclut ce long article, par :
« Il sut en moins d'un mois, débarquer son armée, prendre Alger, son port et ses forts, et enfin,
malgré l'opposition de l'Angleterre et les hésitations de son propre gouvernement, il sut y installer la France d'une façon définitive.
Quand il quitta Alger, il laissait au gouvernement de Juillet, une situation parfaitement nette,
une conquête commencée, des droits acquis, nuls engagements téméraires, une liberté absolue d'action.
Ce faisant, le Marechal de Bourmont a rendu à son pays un service dont les conséquences sont incalculables.
On l'en a récompensé en le traînant dans la boue et en insultant sa mémoire.
C'est une honte pour l'Algérie et pour la France,
qu'une telle injustice n'ait pas été réparée, qu'une telle dette de gratitude n'ait pas encore été payée. »
La mosquée de Sidi-Ferruch avec le télégraphe des Français.

- Mais revenons à l'article du Mutilé, intitulé : la colossale spoliation d'état.
- Le Dimanche 2 Mars 1930, la revue, Le Mutilé de l'Algérie, publiait à l'occasion du centenaire de l'Algérie, cet article :
Un Episode de la conquête, Le trésor de la casbah.
- Le journaliste M. Rus écrivait :
« Un anniversaire amène nécessairement
l'obligation d'en commémorer les événements, ainsi le veut une tradition antique et par conséquence respectable.
Et voici qu'en feuilletant les mémoires du temps pour répondre au vœu de notre directeur,
la vie qu'on croyait morte à jailli aussi ardente, aussi puissante, aussi enthousiasmante qu'il y a cent ans.
Ce fait-divers, d'il y a cent ans, nous voulons en parler, tout simplement, comme d'un fait du jour, pour cela, point d'effort,
il nous suffira de conserver le plus possible leur forme spontanée, aux témoignages de l'époque.
Il s'agit de ce que nos reporters d'aujourd'hui,
signaleraient en grosse manchette à la « une », sous le titre impressionnant d'un « DETOURNEMENT COLOSSAL ».
Colossal ? Ce fut-il tant que çà ?
Sur ce point les opinions divergent, on les examinera toutes, en tout cas, qu'il s'agisse de quelques larcins, de 10 millions
comme le laisse entendre le général Clauzel, ou de 100 millions comme le prétend M. Flandin, nous les présenterons toutes. »
Note :
Le général Clauzel n'a jamais dit que le montant de la spoliation s'élevait à 10 millions, c'est M. Flandin via M. Caze que le prétend.
- M. Rus nous présente sur plusieurs semaines, les impossibilités
d'un détournement colossal du trésor de la casbah, chaque semaine, il publiait un chapitre en lui donnant une appellation.
- La Rupture.
Ce chapitre, nous décrit les années 1815 jusqu'au 1829, étrangement il est signé M. E. Romand.
- Bruits et rumeurs.
« Les historiens ont rejeté comme une calomnie ce détournement, ils le considèrent come une fable sans consistance.
Précisons d'abord la situation :
- Le trône de Charles X est branlant.
La prise d'Alger ne retarda pas d'un jour, la chute fatale du trône.
- Le général de Bourmont, chef de l'expédition avait ordre d'aboutir dans les plus brefs délais.
Cette impatience se heurtait à l'indolente placidité de l'amiral Duperré, inféodé, lui au parti libéral !
- M. de Bourmont était porteur d'une ordonnance royale l'autorisant à prendre le commandement de l'armée navale,
si l'intérêt de l'état lui semblait l'exiger, malgré les événements, le futur Maréchal la tînt constamment secrète.
- Le Ministre de la marine se méfiait de l'amiral Duperré. »
Le Mutilé de l'Algérie du Dimanche 6 Juillet 1930.

- Fausse piste.
« Présenter comme étant le fait d'individualités sans mandat, la spoliation du trésor de la casbah,
c'est soulever un tel cortège d'impossibilités matérielles qu'il fut plus facile et plus rationnel de la nier.
Tous les auteurs contemporains sont unanimes à proclamer que le Trésor fut remis intact entre les mains de l'autorité française.....
Des trois clefs qui lui furent remises, M. Firino n'en utilisa qu'une, il la portait toujours sur lui dans sa poche de côté.
Mais même sans clef,
le trésor remis officiellement entre les mains de l'autorité française eut été inaccessible à un particulier pour la bonne raison
qu'à l'entrée des caveaux, une garde de douze gendarmes, relevée deux fois pas jours, remplaçait la garde des janissaires.
Pour s'introduire frauduleusement dans les salles du Trésor, il aurait donc fallu dans l'impossibilité de passer inaperçu,
s'assurer la complicité de tout le corps de garde, y compris l'officier qui le commandait.
A cette difficulté morale,
il conviendrait d'ajouter la difficulté matérielle, de soustraire sans bruit, à l'insu de tous les chefs de service, logés dans
les même bâtiments, de tous les officiers d'ordonnance et de l'état-major, et du prévôt de gendarmerie lui-même, une masse
considérable de lourdes pièces de monnaies.
Alors même, qu'il aurait à force de génie, réussi à surmonter ces obstacles,
un seul homme même puissamment chargé n'aurait pu emporter par ses seuls moyens une somme bien importante.
En présence de telles impossibilités,
il faut choisir entre la négation pure et simple d'une soustraction du trésor de la casbah, où l'admettre comme étant le fait
d'une autorité supérieure, capable de supprimer tous les obstacles accumulés devant l'or de la Régence.
Mais alors, la responsabilité dépasse les individus pour atteindre le chef de l'expédition, et le gouvernement, ou les gouvernements. »
M. Rus conclut cet article par :
« Une seule explication demeure, d'ordre politique.
Ainsi donc, ne pouvant plus dissimuler un fait,
le gouvernement de Louis-Philippe crut pouvoir donner le change, et réussit assez bien puisque
la spoliation du Trésor est tombée dans l'oubli le plus profond. »
- Une entrée ratée.
« Après des efforts séculaires, des sacrifices inouïs, des échecs sans précédents,
des armements immenses, la solution s'était présentée simplement, tout fut fini d'un seul coup, en moins d’un jour.
Le 4 juillet 1830 à onze heures, l'explosion du Fort l'Empereur, (Sultan-Kalassi), épouvante la ville..... »
Puis, suivent les détails de cette rentrée légèrement ratée, racontée dans le livre du général Loverdo.
- L'or et l'Argent.
Dans le numéro suivant, M. Rus, nous décrit avec fort détail, la remise du trésor et des clés, décrite dans le livre de M. Dennié.
- Sur la piste.
C'est dans ce chapitre, que M. Rus, lance les premières accusations.
« Toutes les accusations trouvèrent à Paris des oreilles complaisantes.
On était à la veille d'une révolution.
Un incident vint aggraver les soupçons.
En sortant des caveaux du trésor,
M. Dennié avait estimé les masses métalliques à 80 millions, alors que M. Firino, mieux informé l'avait estimé à 50 millions.
Apres le tri et le pesage, on trouva 48.684.527 francs.
Des bruits de détournement coururent, se précisèrent, des noms furent prononcés.
A en croire, la rumeur publique,
une grande partie du Trésor de la Casbah aurait été enlevée, le 5 au 6 juillet pendant la nuit d'occupation. »
Note :
Après un préambule impartial et honnête, M. Rus s'engouffre sur les futurs chemins de MM. Emerit et Péan.
Rapidement, nous avons droit au traite de Waterloo, à la vie privée très mouvementée du futur Maréchal,
puis, arrive la période au gouvernement avant juin 1830, avec M. Sellière, les magouilles, les pots de vin de plus de 2 millions,
le mariage raté, il termine avec, le Baron Louis, à la tribune de la chambre des Députés, M. Flandin, et son témoin sorti de
la suite de M. Clauzel, j'ai nommé M. Caze.
- Donc pour M. Rus, seule la complicité
du Maréchal de Bourmont aurait pu permettre cette colossale spoliation, car il ne pouvait comptait sur la marine.
La Gazette des tribunaux Samedi 17 Janvier 1835.

- Pour étayer sa thèse, M. Rus lancent les premières accusations :
« L'insouciance foncière du Général de Bourmont, vraie ou simulée avait laissé s'accumuler tous les soupçons.
Par suite d'une incroyable négligence sans exemple dans l'histoire, on avait omis de laisser à leurs postes les fonctionnaires turcs. ».
- Pour argumenter cette nonchalance, il cite des témoins oculaires, l'officier d'état-major,
M. Pélissier de Rayaud, dans les annales algériennes, et le général Loverdo, dans la fameuse lettre du 13 juillet 1830.
- Mais l'accusation la plus forte, est donnée par des phrases du livre du général Desprez, je cite intégralement le texte de M. Rus :
« On disait que M. Braschewitz, interprète, chargé le premier d'entrer en relation avec le Dey,
avait été chargé secrètement, d'obtenir du Dey des sommes considérables pour prix d'une capitulation moins rigoureuse.
On ajoutait même, que des officiers,
ayant accompagné l'interprète, étaient restés au près du Dey pendant toute la nuit du 4 au 5 Juillet 1830. »
- A lire ces deux phrases, on imagine que le Général Desprez accuse M. de Bourmont !
- Mais dans le livre,
Journal d'un officier de l'armée d'Afrique, de 1831, du Général François-Alexandre Desprez, le sens de la phrase est différent :
Livre page 187/188 :
« A cinq heures, la capitulation était rédigée, M. Braschewitz fut chargé de la porter au Dey.
Cette interprète de première classe..... (suit la carrière et la situation maritale de M.Braschewitz).
Devenu étranger aux affaires,
il s'exagéra le danger de sa mission, et pour le déterminer à la remplir, il fallut que le général en chef lui promit que,
dans le cas où elle aurait pour lui une issue funeste, on prendrait soin de ses enfants.
On a dit qu'il avait été chargé secrètement d'obtenir du dey des sommes considérables pour le prix de la capitulation.
Plusieurs officiers se trouvaient auprès de M. de Bourmont,
lorsqu'il remit au parlementaire ses dépêches, il ne l'entretint pas un moment en particulier.
Peut-être même, dut-on s'étonner que des affaires de cette nature se traitassent en présence de tant de témoins. »
Page 189 :
« Nous concevons que relativement à des actes politiques, les attaques de l'opposition soient vivent, injustes même,
mais quand c'est la probité qu'il s'agit, l'orateur parlementaire, l'écrivain périodique ne doit pas être moins circonspect que
le témoin appelé à déposer devant un tribunal.
Avant d'arriver à Alger,
les commissaires chargés de faire une enquête sur les opérations relatives au trésor étaient préoccupés de l'idée que
des officiers avaient accompagné M.Braschewitz, et qu'ils étaient restés auprès du Dey pendant la nuit du 4 au 5 Juillet.
- Un fait semblable aurait-il échappé à l'armée tout entière ?
- Ces officiers pouvaient-ils traverser, sans être aperçus, la ligne de nos avant-postes.
- Ceux qui ont la connaissance des faits et des lieux n'hésiteront pas à répondre négativement. »
- Présentées dans leurs intégralités,
le sens des phrases présentées par M. Rus, indiquent le contraire de ceux qu'il veut nous faire croire !!!!!
Un Livre sur l'Expédition d'Alger 1830.

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