Relations entre la France et la Régence d?Alger
Le naufrage du vaisseau La Lune.
- L'évacuation de Gigéry, s'effectua grâce aux quatre vaisseaux,
Le Dauphin, le Soleil, la Notre Dame et la Lune, l'escadre arrivera à Toulon, le 5 Novembre 1664, où la peste régnait.
La une de 1664 et celle de 2013.
- Dans le Livre Journal d'Olivier Lefévre d'Ormesson, contemporain du Roi Louis XIV, on peut lire :
- Le dimanche 16 Novembre 1664 :
« M. Le Pelletier m'a dit à la Mercy, que des nouvelles étaient arrivées,
que les Turcs et les Maures ayant fait une redoute à Gigery, nos gens se trouvant hors d'état de résister,
s'étaient mis dans les vaisseaux du chevalier Martel, avaient abandonné les malades, les bagages et les canons.
Ils avaient laissé quatre cents hommes pour résister et étaient arrivés en Provence.»
Note :
Si mes calculs sont justes, on aurait :
1.200 malades, 400 soldats pour résister, 400 soldats du régiment de Picardie noyés avec le naufrage de La Lune,
plus les 350 hommes d'équipage, ce qui nous donne un total de 2.350 hommes.
Je pense que les ennemis du Général de Gadagne n'aurait pas manquer d'ajouter une quatrième accusation :
- perte des meilleurs troupes du Royaumes.
Ces chiffres seront repris,
par M. H.D de Grammont, dans son livre Relations entre la France et la Régence d'Alger, Tome 4, édité en 1885.
« La retraite commença le 31 au soir, sous le feu de l'ennemi, et se changea en une honteuse débandade.
Les canons, les bagages, les malades et les blessés furent abandonnés. On perdit 1.400 hommes. »
- Mercredi 19 Novembre 1664 :
« Nouvelle de la perte du vaisseau La Lune, en face du port de Marseille. »
Dans une note de bas de page, on trouve les informations suivantes :
La Gazette de France, en rendant compte de ces événements, déguise la vérité et finit par dire :
« De sorte que cette retraite aurait été également honorable et heureuse,
si l'un de nos vaisseaux, appelé La Lune, sur lequel était une partie du régiment de Picardie, ne se fusse perdu,
par la rencontre des bancs de sable entre Toulon et Hyeres.»
Les bancs de sable n'y étaient pour rien, mais le vaisseau était vieux et avait été mal radoubé.
Art des armes navales Paul Hoste 1697.

- Lettre de M. de la Rochefaucault à M. Guitaud.
« Depuis vous avoir écrit, il est arrivé un courrier de Gigery,
qui dit que les Maures sont arrivés devant les lignes, et qu'ils ont mis du canon sur les hauteurs, dont ils ont rasé
les deux tours, ce qui a fait prendre à nos gens le parti de se retirer dans ce qui leur restait de vaisseaux.
Je crois qu'ils ont laissé leurs chevaux et leurs malades ?
Le reste s'est embarqué sans avoir combattu,
il est demeuré ainsi quelque cinquante soldats qui ont mieux aimé se jeter dans la mer que d'attendre les ennemis.
M. de Beaufort et M. de Vivonne étaient partis, trois jours auparavant.
Il y a aujourd'hui quinze
jours que cela est arrivé, M. de Gastellan arrive ici, demain. »
Le tome XVII, du recueil manuscrit de Conrart, Bibliothèque de l'Arsenal,
renferme une Relation de cette affaire de « Gigery », avec une liste des officiers et des volontaires tués dans la descente.
On y lit que « le chevalier de la Rochefoucauld eut le doigt emporté. »
Année 2013
- Le point.
«
Le naufrage de la Lune est le dernier épisode d'une déroute militaire de Louis XIV,
si ignominieuse, qu'on a tout fait pour la garder secrète : la première tentative de conquête de l'Algérie !
Les historiens l'ont longtemps ignorée.»
- Dans un article sur Web :
Le retour à Toulon.
« La Lune lève l'ancre et met le cap à l'Est, à proximité de Giens,
un terrible craquement ébranle tout à coup le navire qui s'ouvre en deux et coule en un instant. . . . .
Dans une note forte instructive, M. Olivier Lefévre d'Ormesson, dénonce la volonté,
déjà naissante de dissimuler l'ampleur de l'échec de cette lamentable expédition d'Afrique.
Il ajoute, « Les bancs de sables ......... ».
Art des armes navales Paul Hoste 1697.

Un secret d'état
-
le mot est lancé par les journalistes de 2013,
le roi, Louis XIV voulant caché cette défaite aurait demandé qu'on isole les troupes revenant de Gigéry.
Comme pour le 17 Octobre 1961, il n'y pas eu de secret d'état,
pour un simple et bonne raison, quand la Lune a coulé, le Roi n'était pas encore au courant du replis de Gigery.
Récit de ce rapide naufrage,
- vécu par un chirurgien, du régiment de Picardie, et raconté par le Père Antoine Laval,
dans son livre, Voyage de la Louisiane, édité en 1728.
- Rapport d'un des chirurgiens qui était sur la Lune, et qui fut assez heureux de se sauver.
« Ce chirurgien m'a donc dit, que le vaisseau La Lune revenant de Gigery chargé de troupe en 1664,
entre dans la rade de Toulon, mais, comme la peste était pour lors à Toulon, les commandants ne pouvant donner
des vivres et des rafraichissements à ce vaisseau, qu'on voulait mettre en quarantaine, sans l'exposer à prendre la peste,
lui ordonnèrent d'aller faire la quarantaine dans la rade des îles d'Hyères, où il serait secouru.
En attendant de recevoir les ordres sur la quarantaine,
on avait ôte l'étoupe, qui avait servi pour calfater les sabords de la batterie basse et ouvert les sabords pour prendre l'air,
à cause du grand monde qui était entre les deux ponts, et que d'ailleurs, le vaisseau étant dans la rade, ne craignait plus rien.
Ce vaisseau partit donc,
par vent assez frais du Sud-Ouest, pour entrer par la passe du Langoustier dans la rade des îles d'Hyères.
Quand il fut par le travers du Cap d'Escampe-Bariou, il trouva une grosse mer et bien du vent.
On abattit les mantelets des sabords, mais il s'en fallait beaucoup qu'ils fermassent l’ouverture des sabords,
en sorte qu'à plusieurs, on y aurait pu passer le poing.
Le vaisseau couché sur le côté par le vent frais et la grosse mer, qui est toujours rude et patouilleuse vers ce cap,
ne pouvant se relever , prit tout à coup tant d'eau par ces ouvertures, qu'il coula à fond dans très-peu de temps.
Sur les mille hommes, qu'il y avait sur le vaisseau, il ne s'en sauva pas quarante, dont le chirurgien en fut un,
Il passa par un sabord au vent et étant jeune et vigoureux, il se tira d'affaire à la nage.»
Art des armes navales Paul Hoste 1697.

- Le Père Antoine Laval complète ce récit par cette réflexion :
« Ainsi le Vaisseau ne périt pas par sa seconde batterie, comme l'a dit le Père Paul Hoste.
Il est pourtant vrai qu'il n'aurait pas péri,
s'il eut bien porté la voile, parce qu'il se serait relevé bientôt, pour se coucher, lentement sur l'autre côté,
qui n'aurait pas pris de l'eau par ses sabords.
Le vaisseau ne penchant jamais si fort du côté du vent, que sous le vent,
de sorte qu'avant de remplir son entrepont d'eau, il aurait eu le temps de gagner la passe du Langoustier,
dont il était voisin, où il n'aurait plus trouvé de mer.
Le pire qui lui fut arrivé aurait été de s'échouer près de l'ile de Porquerolles, où tout le monde aurait pu être sauvé. »
Note :
Cette référence au livre écrit par le Père Paul Hoste, semble très étrange,
car il abonde dans le même sens que lui, comme le montre le paragraphe du livre, concernant le naufrage de la Lune.
- Dans son livre, Art des armes navales, édité en 1697,
Le père Paul Hoste, Professeur des Mathématiques dans le Séminaires Royale de Toulon,
indique dans le chapitre Théorie de la construction, chapitre second :
De la figure du vaisseau par rapport à la voile qu'il doit porter.
« Il n'est point de défaut plus à craindre dans un vaisseau, que celui de ne pas porter la voile,
on peut couler bas, comme le fit le vaisseau nommé, la Lune, dans la rade des îles d'Hyères, l'an 1664.
Car on dit, qu'une risée de vent, le mit si fort à la bande, qu'il se remplie par sa seconde batterie,
et coula à fond avec plus de mille hommes qui étaient dedans et qui périssent presque tous.»
Art des armes navales Paul Hoste 1697.

Epilogue
- Nous clôturerons notre page, par les lettres du roi.
- Le 12 Novembre 1664, au Duc de Beaufort.
« ?? Mon Cousin, le sieur de la Roche m'a rendu votre lettre et expliqué de vive voix,
le détail de la dernière attaque de la redoute de Gigery, à quoi, j'ai pris beaucoup de plaisir. (Attaque du 5 octobre)
Il serait superflu de vous faire une longue lettre, je pourrai m'entretenir plus commodément avec vous. »
- Le 12 Novembre 1664, lettre au comte de Vivonne.
« ?? Vivonne, je suis bien content de la lettre que vous m'avez écrite
par l'occasion du sieur de la Roche, voyant avec quelle exactitude vous m'expliquez toutes les choses.
Votre vaisseau se trouvant du nombre de ceux qui doivent désarmer, vous ne pouvez pas demeurer à la mer. »
- Le 16 Novembre 1664, lettre à M. de Champigni, Intendant en Dauphiné.
« Monsieur de Champigni,
outre les ordres que j'ai commandé au sieur de Lionne de vous envoyer, pour aller informer en Provence, de
la retraite de Gigery, j'ai bien voulu vous écrire encore cette lettre, pour vous confirmer mon intention, qui est
que vous preniez une connaissance si exacte et si particulière de tout ce qui s'est passé en cette occasion-là,
que je puisse juger des choses sur votre information. »
- Le 21 Novembre 1664, au Duc de Beaufort.
« Mon Cousin, ayant lu votre lettre du 11 de ce mois....
Vous vous remettiez à la mer,
pour aller rabattre l'orgueil des Barbaresques, que pour cet effet on équipe les vaisseaux dont la liste est ci-jointe.
Que vous preniez garde qu'ils soient en si bon état, qu'on ne puissent appréhender qu'il en arrive comme de la Lune,
dont le naufrage me perce le cœur pour la perte des officiers et des soldats qui étaient dessus.....
Il faut vérifier pareillement par la faute de qui est arrivé, la perte du vaisseau La Lune,
car la chose étant éclaircie, j'en userai comme il se doit en un cas de cette conséquence....
Il eût été bon de faire arrêter d'abord,
ceux qui ont certifié que le vaisseau La Lune était navigable, afin d'aviser en suite ce qu'il y aurait à faire....»
Vue de Toulon d'après Jules Vernet 1670.
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