La Fin de la IV° République
Les Mois de Mai et Juin 1958

Histoire de France Illustrée (1944 - 1958 )


La Chute de la IV° République :





Le 21 Mai 1957,   le gouvernement Guy Mollet était renversé par 250 voix contre 213.

En dépit des apparences,   il ne s' agissait pas d' une crise classique.
Certes la chute du cabinet pouvait apparaitre comme une sanction,   liée à une situation économique désastreuse.

Le probleme algerien,   dont la solution n' avait pas avancé d' un pas en un an et demi,   constituait la cause majeure de l' échec du Front républicain.

Il se trouvait non seulement à l'origine d'une crise financière sévère,   mais d'un malaise politique de plus en plus grave qui ne faisait qu'accélérer le discrédit des institutions et les divisions au sein de l'échiquier politique.

Il fallut trois semaines d'effort au président René Coty pour résoudre la crise.
Ce fut finalement un jeune radical de 43 ans,   Maurice Bourgès-Maunoury,   qui réussit enfin,   le 12 juin 1957,   à obtenir l'investiture d'une assemblée goguenarde et désabusée.
Il ne s'agissait,   en réalité,   que d'un cabinet de transition,   dont la durée ne devait pas excéder deux mois et demi.

Mais, comme on pouvait s'y attendre,   la nouvelle équipe buta sur le problème algérien.
La mise au point d'un projet de statut prévoyant la création d'une assemblée élue au collège unique provoqua une levée de boucliers de toutes les formations de droite.

Le 30 septembre,   le projet était repoussé par 279 voix contre 253 et Bourgès-Maunoury donnait sa démission.
Avec la chute du Cabinet Bourges-Mauroury s' ouvrait une nouvelle crise qui allait durer 35 jours et qui traduisait l' usure du régime, ou du moins son incapacité à résoudre le probleme algerien.

Dans cette conjoncture troublée,   René Coty fit appel en désespoir de cause,   à un des espoirs du parti radical,   Félix Gaillard.

A l' étonnement général,   le nouveau gouvernement fut investi,   le 5 novembre 1957,   par 337 voix contre 173.

A la faveur d'une combinaison associant   socialiste,   radicaux et MRP.,   le cabinet Gaillard réussit à faire adopter un projet de loi-cadre sur Algerie.
Mais il s' agissait d'un texte édulcoré, suffisamment vague pour ne mécontenter personne.


Vers un réglement Militaire de l' affaire Algérienne.

Pour la nouvelle équipe, la solution de l'affaire Algérienne semblait passer par un réglement militaire.

De fait,   aprés deux années d' éffort,   l' armée française commencait à prendre le dessus.
L' ALN enregistrait des échecs sérieux et renoncait progréssivement à monter de grandes opérations.

Cette amélioration sensible tenait essentiellement à la mise en place sur la frontiere tunisienne de barrages électrifiés.
Les trois quarts de ALN se trouvaient ainsi immobilisés à l' extérieur.
L' existance de bases de l' ALN au Maroc et surtout en Tunisie irritait cependant le commandement Français.

Aussi , le 8 février 1958 l' état-major d' Alger prit-il la décision de lancer un violent raid en térritoire tunisien contre le camp d'entrainement de Sakhiet.

Le 15 Avril 1958, le cabinet Félix Gaillard était renversé par 321 voix contre 255.
Quelques instants avant le scrutin, le président du Conseil avait pourtant lancé un ultime avertissement.
   « Vous allez ouvrir une crise.   Pour combien de temps ?   Comment la denouerez-vous ? ».

L'inconscience des députés paraissait d'autant plus surprenante que des signes inquiétants ne cessaient de se multiplier :
  désaffection croissante de l'opinion à l'égard d'un « système» marqué du sceau de l'instabilité et
  de l'impuissance;   renouveau de l'antiparlementarisme;   malaise de l'armée;   profonde inquiétude
  surtout des Européens d'Algérie.


Au lendemain de la chute de Félix Gaillard,   plusieurs associations de pieds-noirs adressèrent aux parlementaires,   qui avaient contribué au renversement du gouvernement,   un télégramme de félicitations particulièrement significatif.

  « La population d'Algérie vous exprime sa reconnaissance pour votre déterminante intervention.
   Réaffirme la volonté farouche de rester francaise.
   Ne saurait accepter de nouveaux compromis et atermoiements ».


Une fois de plus,   le président de la République s'efforca de concilier les inconciliables,   de découvrir le leader capable de trouver une majorité susceptible de répondre aux problèmes de l'heure,   rigueur économique,   règlement politique algérien,   réforme des institutions.

En désespoir de cause, le chef de l' Etat se tourna vers le président du MPR :   Pierre Pflimlin.
L' homme semblait décidé à aboutir à une solution rapide et négociée du probleme algerien.

Les associations de Pieds-Noirs réclamèrent la mise en place par   "tous les moyens"   d' un gouvernement de Salut Public.

Dans une lettre ouverte aux parlementaires, elles ajoutaient :

 « Nous dirons NON à tout gouvernement qui tenterai de commettre le crime d' abondon de l'Algerie.
   Ministre et ministrables,   laissez vivre la France et Algerie....
   Partez,   ne nous obligez pas à vous chassez ! »


Mais il y avait plus grave.
Le 9 Mai 1958 d' Alger le Général Salan, commandant en chef ,    adressait au chef d' état-major un télégramme où il faisait part du trouble de l' Armée,    du sentiment d' abandon de la population européenne et des Francais Musulmans.

Une menace se profilait en conclusion :

   « L'armée francaise,   d'une facon unanime,   sentirait comme un outrage l'abandon de ce patrimoine national.    On ne saurait préjuger sa réaction de désespoir. "

Une raison majeure se trouvait à l'origine de ce sentiment d'exaspération à l'égard de Pflimlin.
Au cours d'une déclaration toute récente devant le conseil générai du Bas-Rhin, n'avait-il pas déclaré :
« Je suis de ceux qui pensent qu'il ne peut y avoir pour l'Algérie de solution véritable qui ne soit d'ordre politique.   J'estime aussi qu'il faut saisir toute occasion d'engager des pourparlers en vue d'un cessez-le-feu.   Mais je suis convaincu qu'une telle initiative serait dangereuse si elle n'était pas fondée sur un rapport de forces qui nous soit indiscutablement favorable.»

Pour la population européenne, pour l'armée,   le nom de Pflimlin s'identifiait ainsi à l'abandon.

L'Algérie serait   « bradée»   comme l'avaient été le Maroc et la Tunisie.
Certitude d'autant plus forte que,   dans la liste du futur cabinet, Robert Lacoste,   qui avait fini par recueillir l'affection des pieds-noirs, était désormais remplacé par l'indépendanr André Mutter.

Les événements à Alger :

Le 13 Mai 1958 à 15 heures, commenca le début d' investiture devant l'Assemblée.

Au meme moment deux grandes manifestations se déroulaient à Alger.



Jacques Chaban-Delmas dans la Casbas d'Alger
le 18 Novembre 1957.
Le Ministre de la Défense put visiter en toute quiétude la casbah
où l'ordre avait été rétabli par les Paras du Général Massu.


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