Le Quartier Laperlier avant juillet 1962





Marseille et l'accueil reservé au Pieds-Noirs.




Mon père avait été muté au Ministère de l'Agriculture à Paris,  il est allé travailler pendant un mois,  puis il a fallu qu'il retourne sur Alger,  il fallait qu'il apprenne le  "travail"  aux algériens,  au bout de trois mois il est revenu définitivement.

Avec ma mère,  ils se sont installés dans un hotel à Sainte Geneviève des Bois,  parce que dans cette ville,  il y avait sa sœur aînée Marguerite avec sa fille Arlette et son gendre André Piel des Ruisseaux.

André Piel avait été muté à Orly,  à Maison Blanche (Alger),  il travaillait pour la Cie. Air France,  par la suite ma belle sœur avec ma tante la jeune sœur de ma mère sont venues chercher Jean Marc et Alain.

Je suis restée seule à Marseille en attendant que mon mari revienne après l'indépendance.  Nous nous sommes inscrits aux Rapatriés à Marseille pour chercher du travail .  J'ai fini par trouver un emploi dans une Société de Transport,  je me souviendrai toujours de l'accueil dans cette entreprise.

Nous étions cinq dactylos,  quand elles ont su que j'étais  Pieds Noirs,  elles m'ont mis en quarantaine et me donnaient tout ce qu'elles ne voulaient pas faire.

Mon mari voyant que je n'allais pas bien,  m'a dit  :  

"Il vaut mieux qu'on continue à manger du pain trempé dans l'huile avec de l'ail que de tomber malade à cause de cette bande d'abrutis".

J'ai donc changé d'employeur,  la personne qui s'occupait du magasin habitait à côté de chez moi,  très gentille je l'ai perdue de vue, dommage,  c'était en 1963 dans une imprimerie.  Je travaillais sur une machine à écrire, mais spéciale.  Je tapais sur des grandes feuilles pour faire la maquette du tirage pour la pub de la Société ASTRA-CALVE qui lançait "l'huile Fruit d'Or ".
La société Astra-Calvé fait partie du groupe UNILEVER et avait dans sa gamme de produits l'huile d'olives PUGET.

Nous avons travaillé durement pendant trois mois,  pour le tirage,  l'imprimerie avait engagé un jeune Pied Noir Bernard Rapp.   Je tapais et au fur et à mesure,  il effectuait le tirage.
Notre employeur nous avait averti que nous serions payés quand tout serait terminé.
Cela a été pénible,  mais il fallait le faire,  mon mari n'avait pas été reclassé.

Heureusement que mes parents,  nous gardaient Luc et qu'ils nous envoyaient un peu d'argent pour payer les à-côtés,  c'est à dire le crédit maison,  EDF  etc..

Il faut se souvenir que Marseille était une ville communiste.




Le départ vers Saint Genevieve des bois.




Mes anciens employeurs d'Alger avaient remonté la même affaire dans le 8ème arrondissement de Paris.
M. Lafon Directeur Général de la CMASA  avait demandé de m'adresser un télégramme.
Il me demandait si je voulais bien reprendre du service, en reprenant mon ancienneté.
Comme il était difficile de trouver du travail à Marseille, nous sommes allés rejoindre mes parents et mon fils à Sainte Geneviève des Bois.  En attendant de trouver un appartement, nous habitions à l'hotel.

J'ai commencé à travailler le 1er juillet,  mon mari s'était inscrit au chômage pour trouver du travail,  il n'avait pas droit aux allocations de chomage parce que je travaillais.

Plus tard, avec mes parents nous avons trouvé un appartement à St Michel sur Orge avec un loyer assez élevé.
Après le décès de mon père en 1964, j' étais enceinte de mon second fils Georges né le 13 octobre 1964, nous nous sommes inscrits aux Rapatriés à la Sous Préfecture de Palaiseau pour avoir un appartement dans un HLM, nous ne pouvions plus payer le loyer de notre logement.

J' étais seule à rapporter de l'argent, la pension de reversions de ma mère ne lui était pas encore attribuée.
Un jour, en allant faire des courses dans un hypermarché, j'ai rencontré une amie du quartier Laperlier à Alger.
J'ai ainsi appris qu' elle habitait Longjumeau et que son mari avait été muté à la Sous Préfecture de Palaiseau.
C'était le coup de pouce du destin, nous lui avions dit qu'on avait fait une demande pour un F.4 et bien sûr elle en a parlé à son mari.
Rapidement, nous avons eu un appartement à Sainte Geneviève des Bois, je ne me souviens plus du nom de son mari, mais son nom de jeune fille était Vacher.   Nous avions tout fait pour la retrouver mais en vain, nous espérions qu'un jour, on aurait pu la rencontrer en faisant nos courses comme la prémiere fois, mais les années ont passé.

Enfin un jour, mon mari a été contacté par ses anciens employeurs pour travailler à " La Ferroviaire",  c'était le même travail que celui qu'il faisait en Algérie.  Mais au lieu de décharger des bateaux,  ici c'était avec les trains.
Cette période a été très dur, lui travaillait la nuit et moi la journée.

En semaine,  on se rencontrait le matin en gare de Juvisy,  lui dans le train en direction de Sainte Geneviève des Bois et moi dans celui qui allait à la gare d'Orsay.
Nous nous sommes croisés pendant six mois,  enfin les employeurs de mon mari lui ont proposé de travailler à Rungis dans une nouvelle societe "La SOGARIS".

Avec cette stabilité,  nous nous sommes meublé petit à petit puisque nous avions tout laissé là bas, comme plus ou moins l'ensemble des Pieds Noirs.
Nous avons vendu l'appartement de Marseille à un Kabyle .

Les plus beaux cadeaux de notre vie,  c'est que nous avions eu deux fils à huit ans d'intervalle.
Luc est né à la clinique des Glycines à Alger et Georges à la Clinique Vigier à Savigny sur Orge.




La vie de tous les jours.



En 1977,  Luc s'est marié avec Brigitte Chacon une Oranaise,  ils ont eu deux filles :

    Céline née le 31 janvier 1980 et Laurette le 11 janvier 1981 .

J'ai perdu ma maman à la fin de l'année 1980,  Luc et Brigitte ont divorcé, en juillet 1981.
La série a continué,  mon mari a eu un grave accident en sortant de son travail sur l'autoroute,  il a fallu lui faire de la microchirurgie à l'Hôpital de Clamart pour la reconstitution de l'articulation de son coude.

Luc s'est remarié avec Flora (bretonne),  ils ont eu deux enfants :

    Emelyne née le 15 décembre 1986 et Florian né le 25 juin 1992.

Mon mari était tout content d'avoir enfin un petit fils,  mais le pauvre,  il n'a pas pu profité puisqu'il est décédé le 27 septembre 1992.   Le plus dur pour moi,  c'est d'avoir perdu l'être cher au bout de 40 ans de mariage.

Mon fils Georges s'est marié avec Patricia et ils ont eu trois garçons:

    Cédric né le 25 mai 1997, Thomas né le 4 juin 1999 et Rémi né le 25 juin 2003.




Internet et Moi.




Au début de l'année 2005,  j'ai mis l' annonce suivante dans le journal de l'AEA.

    "J'aimerais pouvoir dialoguer avec des Pieds Noirs pour parler de notre cher pays"

J'ai reçu un courriel de M. Vinaccio qui m'a donné d'autres contacts qui comme lui ont ouvert un site.
J'ai navigué un peu partout,  je suis tombée sur des sites des quartiers de Laperlier,  Télemly  et El- Biar  et depuis cela m'a mis du baume au cœur de revoir toutes les photos.   Depuis grâce à ça, je reprends goût à la vie.

Dernièrement grâce à l'Amicale des Enfants d'El Biar,  j'ai retrouvé une ancienne camarade de classe de l'école Laperlier.    Elle habitait dans le même quartier que moi, c'est Marcelle Vacher épouse Garcia Michel qui est la sœur de la personne qui nous a aidé pour notre appartement à Sainte Geneviève des Bois.
Je savais que son nom de jeune fille était Georgette Vacher, mais maintanant j' ai appris qu'elle habite dans le même département que moi à Champlan, dans l'Essonne et que son nom d'épouse est Calori.

En Avril 2005,  j'ai reçu un courriel de  M. Jacques Derivière   qui se trouve sur la photo de l'EPS du Champ de Manoeuvre avec Georges Koch,  Il était à l'EPS avec mon frère en 1940 - 1941 - 1942.
Il avait fait parvenir au Journal des Enfants de l'Algerois cette photo.
Elle a été publiée avec un texte sur Fernand Sastre (né et baptisé à Kouba).
       Le texte est sur les Pages "Honneurs à ceux qui sont là-bas".

Jacques Derivière habitait au Boulevard Galliéni à El Biar et souvent, il lui arrivait de descendre
jusqu' au 12 Bd Baudin à pieds en passant par le chemin Laperlier "Magnifique de lumière".

Hasard.. hasard... nous travaillions au même endroit à la Maison de l'Agriculture.
  Lui au 1er étage chef du service Informatique de la Caisse Centrale Mutuelle Agricole
    (A cette époque, il fallait parler de Mécanographie).
  Moi au 2ème étage où j'étais rentrée en 1953 au service dactylographique.
  Et comme moi, lui aussi a été reclassé à la rue de Monceau Paris 8ème
   comme Directeur du Service Informatique,

Hasard...  Vous avez dit  Hasard ...  Jacques Derivière a été mobilisé en 1942,
Il était pilote dans l'Armée de l'Air et mon mari était son mécanicien.


Sainte Geneviève des Bois    Le 20 Avril 2005



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