Intervention de la marine dans la région du Constantinois
pendant le mois de Mai 1945
A la demande du général Henry Martin
- le contre-amiral Amanrich envoie onze bâtiments,
de faible tonnage, pour intervenir dans la région de Bougie et de Collo-Philippeville.
Il s'agit :
- du croiseur léger Duguay-Trouin
- du contre-torpilleur Le Tigre,
- du torpilleur Le Tempête,
- des escorteurs Le Cimeterre Le Goumier Le Sabre,
- de trois chasseurs 91 94 96
- de deux vedettes portuaires.
- Le contre-amiral précise
dans son rapport d'activités, relatif à la période allant du 10 mai au 2 juin 1945.
« Il est de fait que la présence de nombreux bâtiments, même petits, sur la côte et dans
les ports,
et leurs manifestations de tous genres, que l'envoi de groupes motorisés de marins dans un
périmètre assez large autour de nos bases ont eu le plus heureux effet. »
L'intervention de la marine a revêtu plusieurs formes :
- assistance perceptible à l'intervention des formations terrestres le long des côtes,
- transport de troupes et de personnalités,
- interventions directes dans les opérations de maintien de l'ordre.
Le Duguay-Trouin est le bâtiment le plus important engagé.
- Il est très instructif de relire le compte rendu des opérations
dans le livre de bord.
Tirs effectués :
- Le 9 mai 1945 à 22 h,
- tirs de démonstration lumineuse dans le port de l'Adrar Djemna M'Sila.
Cette manifestation avait pour but d'intimider les rebelles et d'empêcher leur infiltration
sur la route Bougie-Djidjelli, entre Souk El Tennine et
Ziama-Mansouriah,
notamment dans la zone Marouscoum-Ziama.
- Ordre est donné par le chef de bataillon Duchene-Marullaz
commandant d'armes de la place de Bougie d'effectuer des tirs de quelques coups d'exercice
à vue et de coups à blanc de 155 ou de 75 sur la zone ABCD du plan et d'éclairer au projecteur
la côte et les vallons entre Souk El Tennine et Ziama.
- Action du Duguay-Trouin
- 10 coups éclairants de 75,
- 60 coups de 40 mm
à tracers. ( ces coups n'ont aucun caractère agressif,
ils ont simplement le caractère d'une semonce).
- usage des projecteurs
- Le 10 mai 1945 à 21 h,
- tirs réels de 155 dans la région de Cap Aokas et de Tichy.
Il y a présomption de rassemblement de rebelles.
- Position du Duguay-Trouin,
mouillé à 700 m du feu de la jetée Est de Bougie et dans le 77.
- 1° objectif à 21 000 m dans le 137 du point de mouillage.
Nombre de coups tirés, 13 coups de 155 d'Obus High Explosion Munition (OHEM)
- 2° objectif à 13500 m dans le 153 du point de mouillage.
Nombre de coups tirés, 10 coups de 155 OHEM.
- Le 11 mai 1945, ,
- Le Duguay-Trouin met à terre sa compagnie de
débarquement sur demande des autorités locales pour surveiller Bougie, alors complètement démunie de ses troupes envoyées à l'extérieur.
- Il patrouille ensuite entre Collo et Djidjelli, puis revient
mouiller à Bougie le 12 mai.
Il appareille le même jour pour Alger.
- Le Duguay-Trouin
a participé du 9 au 11 mai aux opérations sur la côte nord de Bougie à Collo.
Il a tiré une fois le 10 mai, 23 obus sur des objectifs peu précis dans les montagnes.
Il impressionnait tous les observateurs mais son apport a été surtout dissuasif.
Commentaires d'un officier du bord.
« Nous avons fait beaucoup de bruit avec nos canons, mais je ne suis pas sûr
que cela ait servi à quelque chose ».
Il apparaît que les dégâts les plus importants ont été occasionnés dans le douar de Tararest.
Le Tigre est intervenu plus souvent.
- Le 14 mai 1945,
- 56 tirs de 130 à titre de représailles dans le golfe de Bougie à trois miles au large du Cap Aokas
sur quatre villages rebelles sans observation de tir et de dix-huit coups sur un village avec réglage à vue soit au total soixante-quatorze coups.
- Il est noté dans le registre des communications l'avertissement suivant
« 14 mai - indispensable économiser strictement les obus de 130 ».
- Le 19 mai 1945,
- 36 tirs de 130 OEA sur neuf points signalés, sans observation de tir, dans le Golfe de Bougie entre le Cap Aokas et
Ziama- Mansouriah à 4 000 mètres de la côte.
- Le 21 mai 1945,
- Il transporte d'Alger à Djidjelli, avec escale à Bougie,
- le gouverneur général d'Algérie Yves Chataigneau,
- le général Henri Martin commandant le 19° corps,
- le général de l'Air Moraglia
- le contre-amiral commandant la marine en Algérie.
- Un capitaine de Vaisseau explique le déroulement des tirs :
« L'ouverture et la fermeture du feu sont sous le commandement de l'autorité du bord.
Tant que l'ordre de cessez-le-feu n'a pas été donné certaines consignes de sécurité doivent
être observées.
Les artilleurs du bord tirent des salves de réglages, observent les résultats, tirent à nouveau,
corrigent, etc. d'où les mentions :
« tirs corrigés » ou « réglé le tir en vue des impacts » précisées dans les comptes rendus.
Quand on lit que les tirs sont adressés dans des « écrans de montagne », cela signifie que
les obus sont tombés plutôt dans la nature que sur des objectifs précis ».
Le Sabre et Le Cimeterre ont eu une autre forme d' intervention.
Le Sabre est :
- à Bougie le 12 mai.
- à Collo le 13,
- à Philippeville le 16.
Il fait la navette entre ces deux derniers ports jusqu au 30 mai avant
de rejoindre Alger.
- Le 29 mai 1945,
son journal de bord indique des tirs d'exercice de 70 et 41 mm.
Le Cimeterre arrive :
- à Bougie le 21 mai,
- se rend à Djidjelli le 23,
- puis navigue entre Collo et Philippeville du
28 mai au 28 juin.
Son commandant en second l'enseigne de vaisseau M Braud écrit dans le journal de navigation.
Collo 1er juin - 10 h.
exercices de tirs aux armes portatives.
PV de dépenses de munitions : 120 balles pour exercices, 40 balles de combat de mitraillettes.
Collo - 2 juin 10 h .
appareillé, essais des « mouse trap » et mortiers.
PV de dépenses de munitions : 5 bombes de « mouse trap », une grenade complète avec sa cuillère.
Collo 7 juin - 10 h.
école à feu sur but flottant.
PV de dépenses de munitions : 12 cartouches AP pour 76 mm, 10 cartouches HET
pour 20 mm.
Chassseur 94 :
- Le 10 mai 1945 à 19h, ,
- tirs d' intimidation vers Aokas.
Cette intervention, d'après les déclarations du commandant d'armes a été décisive.
Si elle n'a pas été d'une très grande efficacité en raison de la mobilité des objectifs,
elle a causé une très grande impression auprès des dissidents qui commençaient à
s'infiltrer dans la région avec la ville de Bougie pour objectif.
Or à ce moment dans cette ville, les effectifs des troupes étaient des plus réduits.
- Le 14 mai 1945 à 13h, ,
- Bombardement de la mechta Agemoun :
- quatorze coups à vue à 8 000 mètres.
interruption du feu après deux salves pour laisser partir femmes et enfants.
Le capitaine de corvette Pined,
- commandand de la marine à Bougie, rédige un rapport le 20 Mai 1945, il souligne :
« Au point de vue militaire,
la fluidité des dissidents et leur défiance à se rapprocher de la côte, rendue plus grande
après quelques tirs de petits calibres qui ont été effectués, n'ont pas permis à la marine
d'utiliser son véritable poids.
Le tir indirect des grands bâtiments a produit surtout des effets moraux car sur des objectifs
aussi exigus que les mechtas, il aurait fallu une intervention aérienne et une grande
consommation de projectiles pour obtenir des résultats.
Bien que Le Tigre ait opéré avec une belle maîtrise, les 14 et 19 mai, et étant donnée
l'absence d'observations, je suis sceptique sur les résultats réels.
Les renseignements civils et militaires s'accordent pour reconnaître qu'ils ont eu toutefois
un grand effet moral, c'est bien ce que nous recherchions »
En conclusion :
- Ces documents permettent d'affirmer que la marine, ne s'est pas acharnée contre les insurgés.
- Ce qu'elle recherche, c'est l'intimidation qui a un effet psychologique sur les masses insurgées.
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