Mardi   8   mai   1945   à   Sétif






 
Lundi 7 mai 1945,

 
  • Sétif est, à cette date,

    le chef-lieu d’un arrondissement du département de Constantine,

    C’est une ville de 40.000 habitants dont 8.500 européens.

    Capitale des Hauts plateaux de l’Est Algérien.
     
      • Elle se situe à 300 km d’ Alger   et à 125 Km de Constantine,  sur une plaine
        à 1100m d’altitude entre deux chaînes de montagnes,  l’Atlas Tellien au nord
        qui culmine à 2.800 m et l’Atlas Saharien au sud.


La fête se prépare :
 
  • On sait que l’annonce de la fin de la guerre mondiale sera faite le mardi 8 mai 1945 vers 15 heures
    par le Général De Gaulle .
     
  • Le chanoine Lambeau,
    curé de la paroisse de l’église Sainte Monique à Sétif,  non averti du report au lendemain de
    la déclaration officielle de l’Armistice a fait sonner les cloches des Eglises de la ville.
     
  • A 16h 30, une manifestation spontanée de joie réunis, les jeunes et les vieux, les femmes et les enfants,
    les hommes qui sont encore là.   On chante à tue-tête.
     
  • A 19h,  un Te Deum est chante en l’église Sainte Monique.
     
  • La soirée se poursuit par un bal en plein air.

Mardi 8 mai 1945,

 
  • La ville est décorée de drapeaux tricolores et les bâtiments officiels sont pavoisés.
    Les jeunes abordent des rubans tricolores.
     
  • C’est un grand jour pour tout le monde,
     
    • parce que la paix est annoncée.
       
    • Parce que les populations d’Algérie ont payés un lourd tribut à cette guerre.
      Cette contribution de la jeunesse Sétifienne,  (  20% des Européens et 8% des musulmans  )
      explique la joie des familles.

     
  • Des le matin, les terrasses des cafés de la Avenue Georges Clemenceau, la grande rue du centre ville,
     
      • Brasserie de l'Univers,
      • Café de France,
      • la Potinière,
      • le Café Colombo
      • le Café Martinez,


    sont prêtes à accueillir la grande foule.

     
  • Dès 8 h,

    les rues sont animées par des groupes de jeunes collégiens et lycéens qui chantent, jouent de la musique,
    s'interpellent et se dirigent vers le monument aux morts situé devant l'église Sainte-Monique,
    route de Sillègue, où doivent avoir lieu les cérémonies.


      Sétif,   Avenue Georges Clemenceau.

Sétif, avenue georges clemenceau


Le cortège indépendantiste s'organise. :
 
  • De très bonne heure,

    à l'instigation des Amis du manifeste de la liberté (AML),
    association qui dans cette ville est pratiquement aux mains des messalistes du PPA,
    des milliers de manifestants se rassemblent sur une place près de la mosquée de la rue des États-Unis
    jusqu'au « parc à fourrage », débordant largement sur la route de Bougie au nord-est de la ville et
    du domicile de Ferhat Abbas.

    Ils affluent de tous les quartiers de la ville et de toutes les campagnes environnantes.
    ( le mardi est jour de marché à Sétif,  c'est dire que tous les fellahs des environs ont l'habitude de
    venir vers la « grande » ville de la région. Ils sont plusieurs milliers ).
     
  • Le rassemblement est sonné au clairon
    par le dénommé Sabri Beghir Embarek du PPA devant la medersa El Feth,   sous les ordres
    de Bella Belkacem dit Hadj Slimane Bella et de Ben Touami Aïssa.
     
  • Les représentants des organisateurs de ce défilé :
     
      • Abdelkader Yalla,  Lakhdar Taarabit,  Louamen dit Baayou,
      • Bouguessa Askouri,  Gharzouli,  Rabah Harbouche,  Saâd Saadna,
      • Miloud Begag,  Saadi Bouras,  Benattia

    ont demandé,  le 7 mai l'autorisation d'organiser un défilé.

    Ils ne souhaitaient pas se mêler au rassemblement officiel.

     
  • Le sous-préfet leur accorde cette autorisation

    après qu'ils se soient engagés à ce que cette manifestation ne prenne aucun caractère politique.

     
  • Le commissaire Oliviéri
    négocie avec les responsables des scouts Kechafat el Ayat et ceux des AML,
    les conditions nécessaires à l'autorisation du défilé :
     
      • aucune bannière revendicative,
      • aucun symbole revendicatif ne doit être déployé,
      • aucun drapeau autre que celui de la France,
      • il ne doit pas y avoir de slogan anti-français,
      • les manifestants ne seront pas armés.


    Il a obtenu, le 7 mai, l'accord des organisateurs et du chef de la troupe des scouts El Hayat,
    et l'assurance que ces accords seraient respectés.
     
    • C'est ce qui apparaît dans les déclarations du sous-préfet Butterlin et du commissaire Valère,
      citées dans le rapport Tubert qui confirme que la manifestation a été autorisée à condition
      qu'elle ne revête pas un caractère politique.
       
    • Le commissaire poursuit :

      «   Le responsable du groupe scout M.Yalla Abdelkader m' a accompagné à la sous-préfecture et
           devant le sous-préfet réitère ses engagements, à savoir
      :
       
      • faire une prière à la mosquée pour remercier Allah d'avoir mis fin à la guerre et
        de nous avoir donné la victoire.
      • Ensuite nous irons déposer une gerbe au monument aux morts.
         
    • De plus il s'agit d'obtenir pour la seule troupe scoute l'autorisation de défiler.
       
  • Le maire de la ville est laissé dans l'ignorance de cette démarche insolite,
    en revanche, le préfet de Constantine est mis au courant.

    Il est d'accord pour permettre la manifestation.

 

Dès le 7 mai,
  • les meneurs parcourent les quartiers indigènes,   les douars,   appellent les hommes valides
    à se rassembler le lendemain et annoncent à qui veut l'entendre que

    «   l'heure du combat est arrivée, que le djihad va être déclaré et que les absents seront repérés  ».


Effectif des forces de l’ordre.
 
  • A l'aube,

    le personnel de la police d'État,  une quarantaine d' agents pour la plupart musulmans,
    est réuni au commissariat central et des patrouilles sont organisées.

    Vingt gendarmes sont tenus en réserve et le commandant d'armes est prévenu.
     
  • Vers 7 h 30,

    une patrouille de police constate que le rassemblement est important et très nerveux.

    Mostefaï El HadjBelkhired HacèneHaffad Hocine sont convoqués à la sous-préfecture à 8 h 30.

    Le sous-préfet leur déclare qu'ils seront tenus pour responsables de tout incident qui pourrait survenir.


Le cortège se met en route.
 
  • Vers 8 h 30,

    l'ordre du départ du cortège est donné.

    En tête les 250 scouts, bien alignés en rangées de huit, en tenue, foulard vert et blanc autour du cou entonnent des chants nationalistes et avancent lentement à pas cadencés.

    Saal Bouzid,
    désigné par tirage au sort parmi ses camarades,  porte leur emblème,  symbole de l'indépendanœ.
    Ils défilent en chantant « Min djibalina »,   « Maoutini »,   « fidaou el Djezair rouhi wa mali ».

    Les témoins remarquent :
     
    • que la plupart des manifestants sont vêtus de larges burnous blancs,
      tenue peu fréquente en ville, en période de chaleur.
       
    • Est-ce parce que ce sont des paysans venus de la campagne pour le marché hebdomadaire,
      ou bien cachent-ils des armes ?
       
    • Ils sont suivis par les porteurs de la gerbe de fleurs et des drapeaux :
      français, anglais, américain et russe.
      Viennent ensuite les porteurs de pancartes et de banderoles.


      Le 8 mai 1945,   début de la manifestation.

Sétif, début de la manifestation le 8 mai 1945

     
  • Le nombre de manifestants varie selon les sources de 5 000 à 8 000 participants.
    Ils se dirigent vers le centre ville, distant de plus d'un kilomètre par
     
      • la rue d'Angleterre,
      • la route de Bougie,
      • l'avenue du 18 juin,
      • la rue du 3e zouave,
      • l'avenue Albert 1er,
      • la rue Benbadis,
      • l'avenue Jean Jaurès.

       
  • Dans le même temps,
    un autre groupe de quelques centaines de manifestants arrive du sud de la ville depuis la place de
    la porte de Biskra, par le boulevard du général Leclerc.

    Les deux groupes se rejoignent au début de l'avenue Georges Clémenceau devant le lycée Albertini
    et le mess des officiers.

    Les deux cortèges sont encadrés,  la discipline règne,  les scouts ralentissent le pas pour permettre
    à tout un chacun d'intégrer le défilé.
     
  • Les témoignages coïncident :

    «  Ce n'est pas la bousculade du 1er Mai  » remarque Claude Schurer
    qui a assisté aux deux manifestations depuis son balcon.


L'émeute éclate . . . sur la page suivante.


page suivante

  Retour sommaire 8 Mai 1945